Chloé Raunet : À l’époque on partageait un studio avec Andrew Weatherall à Londres, et il faisait une soirée avec Ivan, on a joué ce soir-là et Kill The Dj s’est intéressé au groupe. Pour nous c’est vraiment le label important, même si c’est de la musique électronique. Un label c’est quelque chose, ce sont des filles qui le gèrent, j’adore ce qu’elles font. Nous nous sommes vraiment sentis à l’aise avec elles, nous avions beaucoup de choses en commun, des points de vue et des buts aussi. C’était comme une famille. Je pense que nous avons eu de la chance d’être tombés sur eux. On travaille vraiment plus en France qu’en Angleterre ! Nous sommes vraiment aidés, par des subventions, ce n’est pas comme en Angleterre.
En France il y a des belles salles, et l’Etat semble soutenir l’art. Outre Manche c’est le capitalisme pur et simple pour la musique. Pour un promoteur qui veut faire une soirée, il pense d’abord à l’argent qu’il va se faire. En France nous passons par des petites villes, ça ne serait jamais arrivé en Angleterre, on pense à Limoges notamment. Il y a beaucoup de gens qui viennent nous voir en concert, ils ne nous connaissent pas forcément mais s’intéressent à notre musique. Je trouve que le public est plus ouvert à de nouvelles expériences, ou peut-être qu’ils sont juste bourrés
(rires) ! En Angleterre tu as le travail, la presse, la promo. Les gens ne vont pas venir te voir sans savoir un peu qui est le groupe.
UNKNOWN MAGAZINE : Que signifie la pochette de l’album « As I Ride With No Horse » ?Chloé Raunet : À la base c’est une carte postale. C’est une photo avec une petite fille où il y a marqué «
Joyeuses Fêtes » ! Quand nous avons choisi l’image, on pensait qu’elle évoquait la musique de cet album en particulier. Après on ne savait pas vraiment comment allait être interprété la pochette. De toute façon nous n’avons pas choisi la pochette pour choquer, on trouvait juste ça bizarre et ça nous a plu ! C’est un de mes amis de Paris qui l’a redessiné. Ce qui est très étrange, ça n’a rien avoir avec la musique mais j’étais au Canada chez ma famille pendant les vacances de Noël, j’ai ma petite nièce qui va faire trois ans, j’étais chez ma sœur et la voisine à qui j’ai donné un disque promo a regardé la pochette du disque et m’a dit «
mais comment as-tu fait pour qu’Eddie pose avec un flingue ? ». Elle pensait que c’était ma nièce mais pas du tout en fait ! J’ai commencé à avoir peur ! Ca fait encore plus dark tu vois !
UNKNOWN MAGAZINE : Justement, qu’est-ce-qui vous a inspiré pour votre deuxième album ? Chloé Raunet : On me demande toujours quelles sont mes influences, mais je ne peux pas vraiment les dire, je suis très ouverte dans la musique, Johnny Cash par exemple, Devo, The Cramps ! Je suis sûre que tout m’a influencé dans cet album. Quant à l’écriture de cet album c’était plutôt un travail avec mon ami Joel. On a écrit le disque ensemble, on partageait beaucoup de choses. Ce sont des images ou des trucs surréels retranscris en sons. Je ne pense pas avoir une relation de ce genre avec quelqu’un d’autre, c’était mon meilleur ami, on se comprenait parfaitement : j’étais dans sa tête il était dans la mienne. Tu sais quand tu peux regarder quelqu’un et que tu sens la chose, c’était ça. C’était une collaboration de rêve.
UNKNOWN MAGAZINE : Un artiste que tu as beaucoup aimé en 2011 ?Chloé Raunet : 2011… Moi c’est plutôt 2010 en fait. Je n’ai pas trop fait attention à ce qui est sorti en 2011. Il y avait des morceaux par-ci par-là, comme Suuns, après j’ai écouté leur album ça m’a un peu gonflé. Caribou m’a mis une claque, c’est juste énorme.
Et aussi Battles en live, c’est complètement dingue !
UNKNOWN MAGAZINE : Les groupes de 2012 à surveiller que tu nous conseillerais ? On pensait à Breton !Chloé Raunet : Ah oui ! On va jouer avec eux à Rein…
(hésitante) Reims ? Oui voilà ! On va jouer avec eux fin Mars. Mais honnêtement je ne connais pas du tout, je n’ai pas encore écouté. Avec tout ce qui s’est passé ces derniers temps, ça fait quelques mois que je ne suis pas vraiment l’actualité. J’ai décidé de continuer tout de suite après le décès de Joel, j’étais sur scène avec des mecs que je ne connaissais pas ! J’ai vite monté un groupe et voilà où j’en suis aujourd’hui ! Maintenant quand je prends du recul, je me dis «
wow ». Je me suis vraiment investie, je n’ai pas fait attention à la musique qui sortait. C’est bizarre comment le cerveau fonctionne, je me suis enfermée dans mon truc «
j’ai ça à faire », sinon tu peux vite... «
partir en couille »
(rires) ! Je me suis dit «
j’ai vraiment de la chance » ! On a fait quelque chose ensemble. Joel était aimé par pleins de gens, j’ai un truc créatif et j’ai écris quelque chose avec lui, quelque chose de concret. Et ça marche plutôt bien. Mais pour retourner à ta question franchement, je ne sais pas du tout ce qu’il se passe en ce moment !